le monde du sport peut-il se dresser contre la Chine ?

C’est un premier acteur du monde du sport qui se dresse contre une superpuissance. Mercredi 1er décembre, la WTA, l’instance qui chapeaute le circuit de tennis féminin, a annoncé la suspension de tous ses tournois en Chine, après l’affaire de la disparition de Peng Shuai, qui a secoué le monde du tennis en novembre.

Alors qu’en 2019, dernière année normale avant la pandémie, le circuit féminin avait visité la Chine à 10 reprises, notamment pour les Masters de fin d’année, il est parti pour ne pas y faire étape en 2022. Une perspective qui pourrait faire des vagues dans d’autres disciplines et au sein d’autres fédérations.

Après l’annonce fracassante de la WTA, tous les regards se sont tournés vers l’ATP, son pendant pour le circuit masculin. Plusieurs joueurs, comme Novak Djokovic ou Andy Roddick, se sont exprimés sur le sort de la joueuse et ont salué la prise de la position de la WTA. Mais l’instance reste peu bavarde sur l’affaire Peng Shuai et ses derniers développements, et s’est contenté d’un timide communiqué jeudi soir, réclamant du bout des lèvres « une ligne de communication directe entre la joueuse et la WTA », tout en rejetant l’idée du boycott de la Chine.

« With the full support of the WTA Board of Directors, I am announcing the immediate suspension of all WTA tournaments in China, including Hong Kong. »

— wta (@WTA) December 1, 2021

La Chine n’est pourtant pas un territoire aussi stratégique dans le circuit masculin. Sur 75 tournois organisés en 2020, 5 seulement ont visité l’empire du milieu. En 2019, il y en avait 4. Les retombées pourraient donc être moins importantes, sur le plan contractuel et organisationnel.

La question des sponsors et des droits télévisés est sans doute la plus sensible, comme l’expliquait le professeur en management du sport à l’université d’Aix-Marseille et spécialiste du tennis, Lionel Maltese à franceinfo: sports le 19 novembre : « Le point sensible pour moi, ce sont les chaînes chinoises. Si elles commencent à couper le tennis féminin, là, c’est un manque à gagner. Je peux vous dire que sur les tournois du Grand Chelem, les accords avec les télés chinoises constituent une part non négligeable de leur chiffre d’affaires. »

Mais une prise de position de l’ATP pourrait avoir un fort impact, et encourager d’autres instances ou fédération à suivre le mouvement. « Si l’ATP décide de bouger, il y aura aussi un regard symbolique, parce que c’est l’ATP, c’est très célèbre », note Carole Gomez, géopoliticienne du sport et directrice de recherche à l’IRIS. Une réaction de l’ATP ouvrirait la voie à une réponse conjointe de l’ensemble du monde du tennis, et l’instance deviendrait le deuxième acteur du monde du sport à réagir de cette manière à l’affaire. Un mouvement qui pourrait en appeler d’autres.

« Là, ce qui va être essentiel, c’est de savoir si cela va être suivi par d’autres », poursuit la chercheuse. « La prise de position est très forte, très surprenante, notamment au regard du passé et du fait que les instances sportives internationales avaient plutôt tendance à mettre de l’eau dans leur vin que de partir au clash de manière aussi frontale. »

IOC Statement on the situation of Peng Shuaihttps://t.co/7wDhc0w33f

— IOC MEDIA (@iocmedia) December 2, 2021

Mettre de l’eau dans son vin, comme le CIO, qui a annoncé dans la journée du jeudi 2 novembre avoir à nouveau échangé par vidéo avec Peng Shuai, défendant une « diplomatie discrète » et une « approche humaine » pour gérer l’affaire. « Cela soulève plus de critiques que cela n’apporte de réponses, puisque le CIO se contente d’assurer qu’elle va bien. Les thématiques liées à l’agression sexuelle ne sont pas abordées, les questions qui dérangent sur sa situation ne sont pas posées, ou du moins c’est ce qui transparaît dans leurs communiqués », explique Carole Gomez.

A deux mois du début des Jeux olympiques d’hiver à Pékin, ce n’est sans doute pas du CIO que viendront les actions les plus fortes. Mais d’autres instances pourraient prendre position.

Par le passé, certaines d’entre elles se sont déjà éloignées, de façon plus ou moins temporaires, de la Chine. Depuis le début de la pandémie, le pays, épicentre du virus, a vu de nombreux rendez-vous sportifs sur son territoire être annulés ou reportés (tournois de tennis, donc, mais aussi des Grand Prix de Formule 1…).

Mais les raisons sont aussi parfois géopolitiques. Après des prises de positions de joueurs ou d’entraîneurs sur la question de Hong-Kong ou des violations des droits de l’homme, la plateforme sport du géant technologique Tencent a plusieurs fois suspendu les retransmissions de certaines rencontres de NBA, depuis l’automne 2019. Des précédents qui seront peut-être suivi d’un mouvement global cet hiver.

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