la question du boycott se pose au Royaume-Uni et en Allemagne

Les Jeux olympiques d’hiver auront lieu dans deux mois à Pékin dans des conditions sanitaires très strictes, puisque les athlètes seront donc dans une bulle. Mais au-delà du virus, ce sont les conditions diplomatiques qui inquiètent. Les tensions entre la Chine et les pays occidentaux se multiplient, les États-Unis envisagent un boycott diplomatique, C’est-à-dire envoyer une délégation sportive mais aucun représentant politique. La question se pose aussi au Royaume-Uni et en Allemagne.

Au Royaume-Uni, un boycott diplomatique divise

Le boycott diplomatique envisagé au Royaume-Uni crée actuellement des tensions à l’intérieur de la majorité. Jacob Rees-Mogg, le chef des conservateurs à la Chambre des communes, l’a affirmé la semaine dernière : il y aura des athlètes britanniques à Pékin. La position du gouvernement, c’est que le boycott sportif ne sert à rien. En tout cas, cette responsabilité incombe aux sportifs eux-mêmes et non aux politiques. Reste l’option d’un boycott diplomatique, qui est visiblement une possibilité. Jacob Rees-Mogg affirme qu’aucun billet n’a été réservé pour les ministres. En clair, ils ne savent toujours pas s’ils assisteront aux compétitions. Mais rien que ce doute agite la majorité. En fer de lance, Liz Truss, ministre des Affaires étrangères, défend la ligne dure face à la Chine. Elle peut compter sur le soutien des députés qui, cet été, ont unanimement voté pour un boycott diplomatique. Selon eux, aucun élu, ni même l’ambassadeur, ne devrait se trouver dans les tribunes. Parmi les conservateurs les plus remontés, Tim Loughton juge « inconcevable d’envoyer des fonctionnaires, des ministres ou des diplomates » dans ce qu’il décrit comme les « Jeux du génocide ».

Dans ces conditions, pourquoi la décision n’a-t-elle pas déjà été prise ? À cause des intérêts financiers. D’un point de vue diplomatique, les frictions sont nombreuses entre Londres et Pékin. Il y a la répression sanglante à Hong Kong, un territoire qui était britannique jusqu’en 1997. Des centaines de réfugiés ont été accueillis à bras ouverts au Royaume-Uni. Il y a la question des Ouïghours, harcelés par le pouvoir, placés dans des camps de travail par la Chine. Là encore, le Royaume-Uni a pris des décisions très claires : toute entreprise qui collaborerait avec la province chinoise concernée s’expose à de lourdes sanctions. Les sous-marins nucléaires australiens sont une force de dissuasion dans le Pacifique face à la Chine et là encore, Boris Johnson s’oppose à l’expansion chinoise. Huaweï évincé du marché de la 5G, la disparition de la tenniswoman Peng Shuai, les tensions à Taïwan… les sujets ne manquent pas.

Mais dans le même temps, il y a la réalité économique. Le Royaume-Uni est sorti de l’Europe et donc de son marché commun. C’est la course aux contrats, aux accords de libre-échange. De ce point de vue, la Chine est évidemment un débouché alléchant. Alors, il convient de ne pas trop abîmer la relation avec Pékin.

En Allemagne, un boycott des JO d’hiver aussi envisagé

Angela Merkel s’est rendue au moins une fois par an en Chine depuis son entrée en fonction il y a 16 ans. Mais avec les Verts au gouvernement, le ton de Berlin envers Pékin – partenaire incontournable du made in Germany – pourrait changer. La future ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, évoque la piste du boycott des JO d’hiver. 

Annalena Baerbock, et derrière elle le parti Vert, réclame depuis longtemps une politique plus ferme vis à vis des régimes autoritaires en général, et de la Chine en particulier. Cette semaine, dans un entretien au quotidien de gauche Taz, elle a évoqué la possibilité de boycotter les JO d’hiver à Pékin. « À la longue, un silence éloquent n’est pas une forme de diplomatie, même si certains l’ont vu ainsi ces dernières années », a notamment déclaré la future ministre. Une attaque à peine déguisée à l’attention d’Angela Merkel, que les Verts jugent trop conciliante avec la Chine. Angela Merkel était pour le dialogue comme moyen d’action. Annalena Baerbock veut un mélange de dialogue et de fermeté.

En Allemagne, ces propos sont perçus avec une certaine inquiétude du côté des milieux d’affaires. « Notre politique a toujours été de voir deux dimensions : bien sûr, une discussion sur les valeurs, mais la deuxième dimension, ce sont nos intérêts économiques, affirme Siegfried Russwurm, le patron du BDI, la fédération patronale de l’industrie. Les deux dimensions existent, elles ne sont pas totalement indépendantes l’une de l’autre. Nos attentes envers le nouveau gouvernement est qu’il prenne en compte ces deux aspects. »

L’inquiétude est palpable dans les milieux d’affaires. L’Allemagne est de loin le plus gros partenaire économique de la Chine, et depuis cinq ans, la Chine est le premier client du made in Germany. Les entreprises allemandes ont vendu l’an passé pour 96 milliards d’euros de voitures, machines-outils, de produits électrotechniques et chimiques, essentiellement des biens à forte valeur ajoutée. Les Allemands ont par ailleurs investi pour 86 milliards d’euros en Chine. Pas sûr donc que le nouveau ministre de l’Economie, lui aussi Vert, soutienne un changement de diplomatie envers Pékin.

Related Articles

A lire absolument