« Jouer aux Etats-Unis, une expérience unique et enrichissante »

Partie mi-juin outre-Atlantique, Eugénie Le Sommer est revenue en France il y a dix jours. Après cinq mois au sein de l’OL Reign, franchise américaine de l’Olympique lyonnais, l’attaquante internationale française revient enrichie de son expérience américaine. Pour franceinfo: sport, elle évoque cette aventure humaine et sportive. 

Vous êtes arrivée mi-juin à l’OL Reign, basé à Seattle (Etat de Washington). Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

Eugénie Le Sommer : Une expérience unique et enrichissante sur tous les points, que ce soit sur le plan sportif ou humain. J’ai appris plein de choses. Tous les jours, je découvrais du nouveau, sur la culture, le foot, la ville. J’étais déjà allée en vacances aux Etats-Unis mais le fait d’y vivre et de rejoindre une équipe, c’est une expérience encore plus intéressante. 

Qu’est-ce que vous avez le plus aimé ? 

L’engouement du public et la structure de la Ligue. Un ensemble de choses qui font que le championnat professionnel est un cran au-dessus. C’est une autre dimension, les Américaines ont beaucoup plus d’avance que nous.

Avec l’Angleterre, c’est le deuxième championnat professionnel au monde. Et pour moi, c’était le pays du football féminin. Ici, c’est le sport numéro un chez les petites filles. C’est le pays champion olympique et champion du monde.

« Les Américaines ont tout gagné. C’était aussi pour ça que je voulais y aller, pour découvrir tout cela. »

Eugénie Le Sommer

à franceinfo: sport

Et à l’inverse, ce qui vous a déplu ? 

En dehors du fait de ne pas avoir gagné le championnat, mais cela relève plus de la compétition, le plus dur a été d’être loin de ma famille, avec beaucoup de décalage horaire. J’ai aussi moins aimé les voyages. Quand tu joues à l’extérieur, tu fais facilement de l’avion. Quand on a été à Orlando, on a fait 7h d’avion. Sans parler du climat humide et chaud, que nous ne connaissons pas en Europe. 

Ce sont des choses auxquelles il faut s’adapter rapidement parce que tu dois être performante sur le terrain. Il fallait que je prenne en compte ce paramètre, qui était nouveau.

L’adaptation a-t-elle été difficile ? 

Non, j’ai été super bien accueillie par l’équipe. Les filles étaient super contentes de ma venue, je l’ai senti et dans ce contexte, c’est plus facile de s’intégrer. Après, ce qui a été difficile au début, c’est que les résultats n’étaient pas bons. On était 9e sur 10. Le contexte était un peu difficile, surtout que je sortais d’une saison avec Lyon où on avait eu un changement d’entraîneur, et on n’avait pas fait une bonne saison.

Je voulais donc arriver dans un environnement plus serein, mais finalement, cela n’a pas été le cas, puisqu’on a aussi connu un changement d’entraîneur. Dans ce contexte, il fallait sans arrêt puiser dans nos ressources. Mais je l’ai pris comme une expérience à vivre, j’étais concentrée sur mon jeu avant tout, et sur ce que je pouvais apporter à l’équipe. 

Le lien entre supporters et joueuses est-il différent de celui que vous connaissez en France ? 

Pas vraiment. En revanche, l’engouement dans les stades est tout autre. Il y a la fanfare, les gens ont tous un maillot ou un bonnet de l’équipe, et ce pour tous les sports. L’influence moyenne est aussi plus élevée qu’en France et on jouait dans de beaux stades.

Et les différences dans le jeu ? 

Le jeu est beaucoup plus direct et physique. Les matchs sont plus intenses. C’est un jeu où tu vas vite d’un but à l’autre, tu attaques, tu défends, il n’y a pas de jeu de possession comme on peut avoir en Europe, et comme on a beaucoup à Lyon. J’ai dû m’adapter, et j’ai le sentiment que j’ai ajouté quelque chose de différent à ma palette.  

Avez-vous appris des choses que vous pourriez appliquer en France ?

Ce que j’ai trouvé vraiment génial, c’est que le championnat soit professionnel. Là-bas, les joueuses se consacrent à ça, et forcément le niveau suit. J’ai aussi aimé la solidarité entre les joueuses quand il y a eu l’affaire de harcèlement sexuel d’un coach. Le club ou la nationalité n’étaient pas importants. Ce moment a été fort et je pense que je n’avais jamais vu ça avant dans un sport en France.

D’ailleurs, les joueuses américaines, comme l’ensemble des sportifs outre-Atlantique, sont très engagées sur les sujets de société. Aimeriez-vous voir un tel engagement en France ? 

Je savais que les joueuses étaient engagées mais je l’ai vraiment vécu de l’intérieur. Le championnat est professionnel depuis beaucoup plus longtemps que chez nous donc elles ont une notoriété qui leur permet de prendre position et d’être écoutées. Elles ont pris conscience qu’elles pouvaient faire bouger les choses, de la bonne manière.

Comme elles sont davantage en avance sur la professionnalisation, elles sont moins concentrées sur la promotion de leur championnat. En France, on pourrait s’en inspirer, mais nous, nous sommes encore au tout début. On essaye déjà de se faire accepter en tant que joueuse avant de plaider des causes. 

A l’OL Reign, vous avez joué au côté de Megan Rapinoe. Qu’avez-vous ressenti ? 

J’étais super contente, je savais qu’en signant dans ce club, j’allais pouvoir jouer avec elle. C’était quelqu’un que j’avais beaucoup apprécié à Lyon, c’est pour moi l’une des meilleures joueuses du monde, et j’adore jouer avec les meilleures. C’était un honneur aussi.

Megan Rapinoe célèbre son but avec Eugenie Le Sommer face aux Thorns de Portland, le dimanche 29 août 2021, à Seattle. (TED S. WARREN/AP/SIPA / SIPA)

Aux Etats-Unis, c’est une icône et un modèle dans tout le pays. Comme d’autres, elle est très engagée et c’est une joueuse que tu vois à la télévision sur des pubs quand tu regardes n’importe quel programme. Elle a pris une dimension extraordinaire. En tout cas, j’ai adoré jouer à ses côtés. 

Quels sont vos prochains défis ?

Pour le moment, je n’en ai pas forcément. Aujourd’hui, je suis vraiment concentrée sur mon retour à l’OL pour faire une bonne fin de saison. Je reprends l’entraînement collectif le 2 janvier. Pour la suite, je suis en fin de contrat en 2023, donc j’ai encore le temps d’y réfléchir.

« Pour l’instant, je veux gagner des titres avec l’OL. »

Eugénie Le Sommer

à franceinfo: sport

Celui de retrouver le maillot bleu est toujours dans un coin de votre tête ? 

Oui évidemment, j’ai l’Euro comme objectif en fin de saison. J’ai tous les objectifs avant avec l’OL mais l’équipe de France, bien sûr que j’y pense, et forcément j’ai envie de participer à l’Euro donc à moi d’être performante avec mon club, pour la retrouver.

Une anecdote de votre séjour aux Etats-Unis pour terminer ? 

Les filles de l’équipe m’ont beaucoup chambrée sur mon accent français (rire). Elles rigolaient tout le temps quand je parlais. Je leur disais : « Mais je parle mal ? » Elles me répondaient : « Non, tu parles trop bien, mais c’est ton accent. » (rire)

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