« Un pentathlète sans cheval n’est pas complet » regrettent Elodie Clouvel et Valentin Belaud après le retrait de l’épreuve d’équitation

Ils l’ont appris en même temps que tout le monde, via un communiqué sur les réseaux sociaux, jeudi 4 novembre. L’Union internationale du pentathlon moderne (UIPM) a décidé de remplacer l’équitation, une des cinq épreuves de la discipline, par un autre sport. Une décision et une manière de faire contestées par Valentin Belaud, double champion du monde de la discipline en 2016 et 2019, et Elodie Clouvel, vice-championne olympique aux Jeux de Rio en 2016. Les deux pentathlètes souhaiteraient modifier l’épreuve plutôt que de la supprimer totalement.

Franceinfo:sport : L’Union internationale du pentathlon moderne (UIPM) a annoncé jeudi 4 novembre remplacer l’équitation par une autre épreuve. Comment avez-vous accueilli la nouvelle ?

Valentin Belaud : Ça a été un choc. Il y a eu beaucoup d’incompréhension, on n’avait pas été mis au courant avant. Les premiers textes qui sont sortis ont indiqué que la suppression de l’épreuve était actée. On a été mécontent de la manière dont tout cela s’est passé. La fédération tourne avec ses athlètes, sans athlète il n’y a pas de fédération et vice-versa. Là, c’était comme si on nous disait « Vous n’avez pas votre mot à dire », c’était choquant.

Elodie Clouvel : J’ai été très déçue que la fédération prenne cette décision de but en blanc sans nous concerter, nous les athlètes qui avons à coeur de défendre notre sport.

VB : On a conscience que l’équitation telle qu’elle est aujourd’hui est arriérée. Toutes les épreuves ont été modernisées à part celle-ci. On devrait commencer par réfléchir à des changements, des innovations plutôt que de partir sur une suppression totale. La fédération a l’air de dire « on n’a plus de solution, il faut changer ». Sauf qu’en fait, en moins de cinq heures de discussion avec d’autres athlètes, on a trouvé plein de solutions concrètes pour régler les problèmes sous-jacents au pentathlon. On a beaucoup de propositions à faire à la fédération.

Open letter to pentathletes

Today we communicate that all #athletes will be centrally involved in the consultation process for the selection of our new discipline

Check it out https://t.co/BnqCca1HhW#Modernpentathlon pic.twitter.com/fk5MYWgPZY

— UIPM – World Pentathlon (@WorldPentathlon) November 4, 2021

Quelles sont ces propositions ? 

VB : On en a quatre ou cinq principales. L’une d’entre elles serait donc de faire un parcours d’obstacles à difficulté croissante, en trois parties de plus en plus complexes. Cela permettrait aux cavaliers qui montent moins bien de s’arrêter plus tôt et de ne pas mettre à mal le cheval. Dès qu’une faute serait commise dans la partie la plus délicate, l’athlète devrait s’arrêter. Un peu à l’instar de la mort subite en escrime, le but serait de rester le plus longtemps sur le parcours sans faire de faute.

On pourrait aussi prendre en compte les résultats des chevaux réalisés aux essais [les chevaux sont ensuite attribués par tirage au sort aux pentathlètes]. Si un cheval fait tomber une barre ou deux aux essais, ce cheval aura un ou deux points de bonus sur la piste. Cela effacerait l’aspect loterie qui a toujours été mis en avant au pentathlon.

Vous faites partie des 665 athlètes ayant signé une lettre ouverte demandant la démission du président de la fédération internationale de pentathlon moderne. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

VB : Notre volonté était de faire réagir la fédération internationale. Tous les athlètes ont vraiment pris leur communiqué comme une décision prise dans notre dos et cela a créé une rupture entre les athlètes et notre instance. On avait besoin de marquer le coup et de faire en sorte que notre voix soit entendue. Mais on a voulu faire ce geste important pour leur dire : vous ne prenez pas les décisions seuls, on les prend en commun. Après est-ce que cela ira jusqu’à la démission du président, on ne sait pas.

Elodie, vous avez publié un texte sur les réseaux sociaux dans dites qu’un « soldat ne pourrait être complet sans son cheval ». Pourquoi avoir publié cela ? 

EC : J’ai reçu énormément de messages de jeunes filles qui s’étaient mises au pentathlon après ma médaille d’argent à Rio en 2016. Depuis ce moment-là, j’ai senti qu’il y avait un fort engouement de la jeune génération pour notre sport. Ces même jeunes filles, qui venaient de commencer la formation en équitation, m’ont confié qu’elles avaient l’impression de voir leur rêve de faire du pentathlon aux Jeux brisé. J’ai trouvé ces messages poignants. 

J’ai toujours voulu promouvoir mon sport et sa beauté, en montrant que ce sport de gladiateurs pouvait très bien être pratiqué par des femmes. Mais pour moi, notre sport sans équitation, ce n’est plus le pentathlon moderne. La base du sport c’est de voir un guerrier qui arrive sur son cheval, qui sait se battre avec une épée, qui sait nager dans les rivières, qui sait tout faire, et qui est ultra complet. J’appelle ça un gladiateur, ou gladiateure au féminin. Un pentathlète sans cheval n’est pas complet. L’ADN du sport serait complètement changé sans cette épreuve. On devrait se poser autour d’un table, discuter pour le faire évoluer, le rendre plus télévisuel, et l’ouvrir à plus de monde.

Est-ce que cette décision a été précipitée par ce qui s’est passé aux Jeux de Tokyo (l’entraîneuse d’Annika Schleu, Kim Raisner, avait été exclue des JO après des coups portés à l’animal qui avait refusé de sauter) ?

VB : Tokyo a clairement été la goutte qui a fait déborder le vase. Cela fait plusieurs Jeux qu’on en parle, parce que beaucoup de pentathlètes internationaux n’ont pas le niveau de l’épreuve. Tout le monde pensait qu’ils allaient progresser mais ça n’a toujours pas été le cas. Personnellement, j’ai eu la chance de grandir avec la Garde Républicaine, entouré de 600 chevaux, donc pour moi, l’équitation est presque innée, elle ne m’a jamais posé problème.

Je suis plus nuancé sur le fait de la garder coûte que coûte. Pour moi, il faut commencer par entamer une réflexion sur les changement qu’on peut apporter. Il faut faire les choses dans l’ordre. Après, s’il faut adapter le pentathlon pour que l’épreuve survive aux Jeux olympiques, cela ne me pose pas de problème. La qualité première d’un pentathlète est sa capacité à s’adapter.

La fédération a reprécisé sa position lundi 8 novembre en indiquant qu’elle lançait une grande consultation pour une nouvelle épreuve. Allez-vous y participer ? 

VB : Un réél électrochoc a eu lieu. Quelques minutes après l’annonce, un groupe WhatsApp avec plus de 600 athlètes des quatre coins du monde a été créé. C’était un beau mouvement collectif, on s’est rendu rendre compte qu’on était pas les seuls à penser qu’il fallait une concertation plus large.

(5/5)
All athletes are encouraged to consult and talk to their national federations about any concerns or proposals.

UIPM is committed to working with our current and future athletes to help them to realize their dreams in the future Olympic Games.

— UIPM – World Pentathlon (@WorldPentathlon) November 6, 2021

Vous évoquiez que certaines épreuves pourrait à terme, remplacer l’équitation. À quels sports pensez-vous ?

VB : D’autres épreuves pourraient tout à fait montrer toute la palette de compétences d’un athlète, sans trahir l’idée de Pierre de Coubertin : je pense notamment à une épreuve avec des obstacles types OCR [Obstacle Course Racing], des obstacles qui feraient travailler le haut comme le bas du corps. Un quadrathlon après le combat technique qu’est l’escrime. Cela permettrait de faire baisser les coûts, de démocratiser le sport, de l’amener un peu partout (à la plage, en ville). Surtout, ce serait l’occasion de l’ouvrir complètement aux athlètes handisports ce qui serait très important pour l’évolution du sport.

Après, il pourrait y avoir d’autres pistes comme remplacer l’épreuve de laser run [un mélange de course et de tir] par du ski de fond, ce qui ferait du pentathlon l’unique discipline présente aux Jeux d’été et d’hiver. Ou pourquoi pas, par une course de drônes avec des obstacles. Pas tout de suite après Paris, mais dans un futur plus ou moins loin, pourquoi pas ?

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