puissance, vitesse, peur… La navigation des bateaux à foils par Samantha Davies et Romain Attanasio

Pour Samantha Davies, les foils, c’est le quotidien depuis trois ans maintenant. Pour Romain Attanasio, c’est une découverte de ces derniers mois. Dimanche 7 novembre, ils prennent le départ du Havre pour la 15e édition de la Transat Jacques Vabre. Une traversée jusqu’à la Martinique, sur deux Imoca, Initiatives Cœur et Fortinet – Best Western, équipés de la dernière technologie en vogue dans le monde de la voile : des foils. Une innovation à maîtriser.

« On a l’impression de redécouvrir la navigation. » Romain Attanasio a découvert depuis quelques mois l’utilisation des foils. Une vraie révolution. Ces appendices latéraux, qui permettent d’atteindre des pointes de vitesse en élevant la coque au-dessus de l’eau, fleurissent de plus en plus sur les voiliers depuis leur apparition à la coupe de l’America en 2013. Samantha Davies est équipée depuis 2018. Son compagnon Romain Attanasio vient de récupérer son foiler, en mai dernier, racheté à Boris Herrmann après le Vendée Globe.

Un changement conséquent à apprivoiser. « Ça n’a pas grand-chose à voir avec ce que j’avais avant, c’est un bateau qui est très impressionnant, en termes de navigation », dévoile-t-il. Réglages, commandes, il faut presque tout réapprendre. « Il y a beaucoup de charge sur le bateau, donc on a des capteurs, de la fibre optique. La première fois qu’on monte sur le bateau, on voit un cadran avec 16 informations dessus, on se demande à quoi ça sert », sourit-il.

Samantha Davies se souvient d’une nécessité de réapprendre des réglages qui pouvaient « apparaître contre-intuitifs » par rapport à la navigation classique. Sans compter les foils en eux-mêmes, qu’il faut savoir maîtriser : « On a les foils à régler, pour insuffler plus ou moins de puissance. Si c’est mal ajusté, cela peut venir freiner le bateau. » 

Le bateau Fortinet – Best Western de Romain Attanasio. (YANN RIOU – POLARYSE)

Le meilleur moyen d’apprivoiser la bête : la pratique. Pour se préparer, Romain Attanasio a passé son été à naviguer : « On a fait des courses, des entraînements, tous les partenaires voulaient naviguer dedans, donc ça nous a permis de le prendre en main, de le découvrir. Et ce n’était pas de trop. »

Les échanges et les discussions entre navigateurs peuvent aussi aider. Et sur ce plan-là, Romain Attanasio a pu bénéficier de l’expérience de Samantha Davies, sa compagne dans la vie. « Je crois que Romain a vu tout ce qu’on a fait ici avec Initiatives Cœur, il a indirectement bénéficié d’une certaine expérience depuis trois ans, ça a participé à bien le préparer », affirme la skippeuse. « Il profite de tout ce qu’on a appris depuis le démarrage de cette aventure. »

Au-delà de la dimension technique, les foils apportent aussi de nouvelles sensations sur le bateau. « C’est dément, c’est dingue, c’est grisant, on est émerveillé par les sensations qu’on a dessus », s’enthousiasme Romain Attanasio, encore dans la période de découverte. « Il y a plus de puissance, plus de vitesse, on sent que le bateau est plus aérien », confirme Samantha Davies, qui parle elle aussi d’une expérience « grisante ».

« Quand on est de vent de travers, que le bateau vole sur son foil, qu’il monte sur son safran, qu’il retombe, ça fait comme dans l’ascenseur, ça fait des hauts le cœur. »

Romain Attanasio

à franceinfo: sports

Jusqu’à se faire peur ? Romain Attanasio se remémore une sortie en mer, en juillet, pour tourner des images du bateau. « Il y avait 25 nœuds de vent. On va au large pour trouver un peu de mer », raconte-t-il. « Et là j’ai abattu, le bateau est parti à 35 nœuds, je crois qu’on a fait une pointe à 37 nœuds, il a sauté trois vagues, il s’est mis sur la tranche, au fond de la vague, on était tous pétrifiés à bord. J’ai réussi à ramper jusqu’au pilote pour abattre, Seb (Marsset) a réussi à ramper jusqu’au winch pour choquer. Et là on s’est dit « ah ouais, quand même ». » Qui dit vitesse et puissance peut dire perte de contrôle. « Il faut faire attention à ne pas se laisser emporter par la machine », souffle le navigateur.

Un poste de commande à l’intérieur du Fortinet – Best Western. (ANDRE CARMO)

Avec ces nouveaux paramètres, toute la vie à bord, dans le bateau, se retrouve bouleversée. « Les bruits sont différents, parce que le bateau décolle à moitié, donc le bruit de l’eau contre la coque change », révèle Samantha Davies. Le quotidien est plus éprouvant. « C’est plus dur, on dort moins bien. Il faut se tenir plus, la vie à bord est plus inconfortable. On est plus mouillé dehors, on est davantage en ciré », énumère Romain Attanasio. « Les foils sifflent beaucoup, ça donne un bruit entre le sifflement et la vibration, donc on a un casque dans le bateau en permanence, c’est usant. » L’atmosphère est à la concentration extrême, à l’anticipation, pour manœuvrer au mieux ce que le skipper qualifie de « machine de guerre ».

Mais grâce à ce concentré de technologie, et aux gains qui en découlent, les bateaux qui en sont équipés deviennent les plus rapides de la flotte. Romain Attanasio voit là l’occasion de retrouver la pression de la compétition, dès la Transat Jacques Vabre : « On est dans le bon groupe, on est dans le match avec les premiers. C’est grisant pour nous, ça nous donne la rage. Je ne sais pas ce que l’on va faire exactement, mais on ne va pas regarder les autres partir, et ça c’est bien. J’ai une pression que je n’avais plus depuis 2016, où je partais plus pour l’aventure que pour le résultat. »

Dernière semaine d’entraînement pour @Fortinet – @BestWesternFr avant le départ de la @TransatJV

Last week of training for @sebmarsset and I before the start of the @TransatJV @PolePortlaf #Training #TransatJacquesVabre pic.twitter.com/jif0MNCnOp

— Romain Attanasio (@RomainAttanasio) October 19, 2021

Samantha Davies se montre plus mesurée. Son bateau était l’un des premiers à être équipé de foils. Cela signifie également qu’il est l’un des plus anciens. « On est parmi les bateaux d’occasion bien optimisés, il y en a quelques-uns comme cela », explique-t-elle. « Ce sera dur de matcher les bateaux neufs. On s’entraîne régulièrement avec eux et quand on fait des lignes droites, on voit qu’on a du mal à les suivre. » Pas d’objectif de victoire sur la Transat Jacques Vabre, donc, mais de belles batailles en perspectives, avec les bateaux d’occasion : « Ce sera ça le match pour nous, d’être au top de cette partie de la flotte. Et là, on a l’avantage d’avoir un bateau super fiable, que je connais très bien. » Avec une technologie désormais maîtrisée.

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