la WTA peut-elle se passer de la Chine ?

Après la disparition de la tenniswoman chinoise Peng Shuai, les réactions de la part des instances se sont fait attendre. Celle de Steve Simon, le patron de la WTA, s’est voulu retentissante. Le patron du circuit féminin de tennis a tout simplement menacé de retirer toutes ses compétitions de Chine. Il a par ailleurs demandé une enquête « transparente et juste » sur les accusations de viol portées début novembre par Peng Shuai et visant un ancien haut responsable du Parti communiste chinois, Zhang Gaoli. « Nous sommes tout à fait prêts à retirer (de Chine) nos activités et à faire face à toutes les complications qui en découlent », a-t-il asséné. Mais quelles seraient ces complications ? Explications avec Lionel Maltese, professeur en management du sport à l’université d’Aix-Marseille et spécialiste du tennis.

Cela fait presque quinze ans que la WTA exporte massivement son activité en Asie, et particulièrement en Chine : en 2008, l’organisation installe son troisième siège social à Pékin. L’année suivante, le tournoi de Chine devient un Premier Mandatory, la catégorie la plus prestigieuse de la WTA avant les tournois du Grand Chelem. Cela implique que toute joueuse, dont le classement lui permet de participer à la compétition, a l’obligation théorique de s’y présenter.

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— wta (@WTA) November 18, 2021

Depuis, la WTA n’a fait que renforcer son implantation dans le pays. Avant le Covid, la structure organisait dix tournois chaque année en Chine, sur plus de soixante dans la saison. Tournoi de Chine, tournoi de Wuhan… et surtout le Masters de tennis féminin qui, chaque fin d’année, regroupe les huit meilleures joueuses de la saison. Après un passage  à Singapour de 2014 à 2019, le prestigieux tournoi reste en Chine mais a été déplacé à Shenzen, pour une durée de dix ans.

De son côté, la Chine a dépensé presque sans compter. C’est ce qu’explique Lionel Maltese, professeur en management du sport à l’université d’Aix-Marseille et spécialiste du tennis : « Les villes, les investisseurs, les annonceurs et les diffuseurs chinois ont investi sur le tennis féminin, ça c’est clair et net. C’est notamment passé par la construction de stades incroyables, qu’on pourrait croire dédiés aux Grands Chelems. »

La première difficulté, si la WTA venait effectivement à se retirer de Chine, serait donc d’abord d’ordre organisationnel. Il faudrait casser les contrats, trouver d’autres villes attractives, accessibles, avec des infrastructures adaptées et en capacité d’accueillir de tels évènements. Le tout en étant intéressant sur le plan économique pour l’organisation de tennis féminin. Un casse-tête pour ses dirigeants, mais rien d’impossible : en raison de la situation sanitaire en Chine, le Masters 2021 a eu lieu à Guadalajara au Mexique.

L’impressionnant Qi Zhong Stadium accueille des événements majeurs de tennis, comme les Masters de tennis masculin. (MATTHEW STOCKMAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

De fait, la Chine est une source très importante de revenus pour le tennis féminin.  Lors de la signature de l’accord prévoyant la tenue des Masters à Shenzen pour dix ans, Steve Simon avait déclaré que « [c’était] de loin l’accord le plus important et le plus significatif signé par la WTA depuis 45 ans ». Au total, les dix tournois organisés en Chine étaient dotés de 30 millions de dollars, soit 26,4 millions d’euros.

La source principale des revenus générés n’est autre que les droits télévisuels chinois. « Le point sensible pour moi, ce sont les chaînes chinoises », souligne Lionel Maltese. « Si elles commencent à couper le tennis féminin, là, c’est un manque à gagner. Je peux vous dire que sur les tournois du Grand Chelem, les accords avec les télés chinoises constituent une part non négligeables de leur chiffre d’affaire ». Cette possibilité ne peut simplement pas être écartée dans la mesure où cela s’est déjà vu. La plate-forme sport du géant technologique chinois Tencent ne diffuse plus les matches de NBA des Boston Celtics depuis les commentaires négatifs en octobre 2021 émis par l’un de leurs joueurs à l’encontre du président de la Chine et de sa politique au Tibet.

Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, les premiers impactés ne seraient pas la WTA aux yeux du professeur en management du sport, et ce grâce à son fonctionnement. « La WTA et l’ATP sont des organisations qui reversent ce qu’elles gagnent aux tournois et aux joueurs. C’est une économie circulaire, le but n’est pas de gagner de l’argent et d’épargner », indique l’universitaire, évoquant la période de pandémie qui avait vu les « prizes money » des joueurs et des joueuses être diminués de moitié. « Ce sont les tournois et les joueuses qui seront perdants, pas la WTA. Dans tous les cas, elle existera toujours. Elle aura moins de dates, moins d’exposition, sauf si elle trouve d’autres endroits ».

En cas de fin effective du partenariat avec la Chine, c’est peut-être là que repose le futur de la WTA. Et pas forcément besoin d’aller très loin. « Il n’y a pas que la Chine en Asie », rappelle Lionel Maltese. En 2020, cinq tournois étaient organisés en Asie, hors de la Chine.

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