« J’ai passé plusieurs années à penser que je devenais fou », l’ancien pilier des All Blacks Carl Hayman atteint de démence précoce à 41 ans

A bientôt 42 ans (il les fêtera le 14 novembre), l’ancien rugbyman Carl Hayman a révélé souffrir de démence. Longtemps présenté comme le meilleur pilier du monde, l’ancien joueur des All Blacks, qui a évolué à Toulon et a entraîné Pau, a décidé de se joindre à un collectif d’environ 150 anciens joueurs touchés par la maladie, qui attaque en justice diverses autorités du ballon ovale dont World Rugby (la fédération internationale qui gère le rugby à XV et à sept). 

Carl Hayman n’est pas n’importe qui. Avec près de 450 matchs en professionnel, 45 sélections au sein des All Blacks avec lesquels il a disputé deux Coupes du monde, l’ancien pilier des Highlanders dispose d’un palmarès étoffé : cinq victoires au Tri Nations avec la Nouvelle-Zélande, trois coupes d’Europe remportées avec le RC Toulon et un titre de champion de France. 

Carl Hayman avec le RC Toulon face au Stade Français le 5 juin 2015 à Bordeaux.  (NICOLAS TUCAT / AFP)

Les examens ont montré que Carl Hayman souffre de démence précoce et d’une probable encéphalopathie chronique, une maladie neurodégénérative.  « J’ai passé plusieurs années à penser que je devenais fou. C’était les maux de tête constants et toutes ces choses qui se passaient et que je ne pouvais pas comprendre », s’est-il confié au site d’actualité « The Spinoff ». « J’ai 41 ans et une grande partie de ma vie devant moi, et quand vous vivez avec ce genre de chose, cela fait de chaque jour un défi. » Et l’ancien pilier de raconter l’un des premiers symptômes qu’il a ressentis : « J’ai commencé à avoir des problèmes de mémoire importants. J’essayais d’obtenir un passeport pour mon fils et je ne me souvenais pas de son deuxième prénom. »

À travers le collectif qu’il a rejoint, l’ancien joueur du RC Toulon reproche à l’instance dirigeante du rugby mondial la mauvaise prise en charge des commotions subies par les joueurs de rugby dans leur carrière. D’après les joueurs impliqués dans cette procédure judiciaire, World Rugby était conscient très tôt du danger des commotions auxquelles sont confrontées les rugbymans, mais n’a pas pris les mesures qu’il fallait.  « J’espère que les joueurs à l’avenir ne tomberont pas dans le même piège que moi, qu’ils ne seront pas traités comme un objet et qu’ils seront mieux pris en charge », a averti Carl Hayman. 

Cette poursuite judicaire est représentative d’une prise de conscience globale du monde du rugby sur les problèmes liés aux commotions cérébrales. En octobre, des joueurs du rugby à XIII, atteints de séquelles neurologiques, ont porté plainte contre la fédération britannique. En septembre, le champion du monde 2003, l’Anglais Steve Thompson, a annoncé léguer son cerveau à la recherche médicale sur les commotions. En décembre dernier, ces anciens professionnels, dont  Thompson et le Gallois Alix Popham, avaient annoncé leur intention de demander des dédommagements à World Rugby et aux fédérations anglaise et galloise après des diagnostics de troubles neurologiques.

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En France, les inquiétudes autour du sujet existent aussi, même si Roger Salamon, le président du Comité médical de la FFR (Fédération française de rugby) nous avait expliqué il y a quelques semaines que la France était sous doute « le pays le plus en avance » en terme de mesures mises en place et de pistes étudiées pour éviter les commotions cérébrales. 

Depuis 2012, et le scandale des Encéphalopathies traumatiques chroniques (ETC) en NFL aux Etats-Unis, des « protocoles commotions » ont été mis en place dans le rugby pour mieux gérer voire prévenir les troubles de ces blessures au cerveau.

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