entre les Argentins et le championnat de France, une romance qui résiste au temps

Samedi 6 novembre, sur la pelouse du stade de France, l’Argentine défie la France avec dans ses rangs huit joueurs qui évoluent dans l’Hexagone. C’est la quatrième diaspora étrangère la plus représentée dans le championnat de France de rugby. Derrière les Fidjiens (39), les Sud-Africains (29) et les Néo-Zélandais (27), les Argentins se comptent au nombre de 22.  Une romance longue de plus de deux décennies entre les Argentins et notre pays.

Aujourd’hui manager de Provence Rugby, Mauricio Reggiardo est arrivé en France en 1996. Natif de Bragado, dans la province de Buenos Aires, il débarque à Castres à l’âge de 26 ans. Un titre de champion d’Argentine et deux capes avec les Pumas dans les valises. « J’ai fait partie de la première génération à partir en France, débute l’ancien pilier. Au mois de décembre suivant, Omar Hassan est parti à Auch. Dans la foulée Lisandro Arbizu signe à Brive. Puis, pas mal d’autres Argentins ont suivi le mouvement. » 

¡Equipo confirmado de @lospumas para enfrentar a Francia en el inicio de la ventana internacional de noviembre!

Sábado
⏰ 17:00 h (hora argentina)
️ Stade de France (Saint-Denis)
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— Los Pumas (@lospumas) November 4, 2021

À ce moment, le rugby est toujours amateur en Argentine, quand le professionnalisme en est à ses balbutiements dans l’Hexagone. Les clubs sont composés, dans leur immense majorité, de joueurs français. Les quelques étrangers proviennent des nations majeures du rugby international. 

Mais un événement va tout changer. « La Coupe du monde 1999 a initié la venue des joueurs argentins en France, explique Miguel Fernandez, l’un des agents les plus influents du rugby français et notamment à l’origine de la venue de plusieurs Pumas au Stade français au début des années 2000. À l’occasion des Coupes du monde et des tournées, on découvrait toujours des talents argentins. Puisque le rugby était totalement amateur là-bas, une filière s’est rapidement créée. Avec la venue des premiers joueurs en France, c’était assez facile d’appeler un joueur qui jouait déjà en Argentine parce que tous les joueurs se connaissent ».

Dès lors, les meilleurs joueurs argentins débarquent en France : Ignacio Corleto, Agustin Pichot, Juan Martin Hernandez, Mario Ledesma, Rodrigo Roncero. Plutôt que de rejoindre le Royaume-Uni et ses équipes professionnelles, les Argentins font un choix « naturel », tant culturellement qu’au niveau du rugby d’après Mauricio Reggiardo : « Notre côté latin, notre facilité d’adaptation, et nos valeurs du rugby, similaires à celles des Français, font que c’est facile pour nous de venir en France. »

Aujourd’hui manager de Provence Rugby, Mauricio Reggiardo (ici à gauche) compte 50 sélections et 2 participations à la Coupe du monde. (PATRICK KOVARIK / AFP)

« Si on doit faire un comparatif avec les joueurs Sud-Africains, Néo-Zélandais ou Australiens, ce sont les Argentins qui s’adaptent le plus vite parce que culturellement c’est un peu pareil, complète Miguel Fernandez. Le jeu argentin collait assez bien à notre championnat de l’époque ».

« L’Argentin, il a besoin d’appartenir à l’endroit où il est. Dès qu’on arrive, on s’investit énormément. Même au bout de quinze jours, on dirait qu’on est là depuis des années. C’est une qualité d’adaptation propre aux Argentins. Si tu prends n’importe quel joueur du Stade français de l’époque, les mecs étaient tous adorés. Petti et Cordero à Bordeaux aujourd’hui c’est la même chose. »

Surtout, les Argentins qui signent en France sont totalement dévoués à leur club. Jusqu’en 2011 et l’intégration de l’Argentine au Rugby Championship (tournoi qui rassemble les trois nations majeures du rugby du Sud), les retours en sélection sont rares. Seulement lors des fenêtres internationales prévues à cet effet, au contraire des autres joueurs de l’Hémisphère sud.

Pendant quatre saisons, les meilleurs joueurs nationaux ont composé l’équipe des Jaguares pour affronter les meilleurs clubs sud-africains, australiens et néo-zélandais dans le Super Rugby. (RODGER BOSCH / AFP)

En 2016, l’Argentine prend encore plus d’importance dans le rugby international, mais coupe quelques liens avec la France. Pour la première fois, une province argentine est invitée à disputer le championnat des clubs de l’Hémisphère sud, le Super Rugby. La Fédération rappelle alors tous ses talents pour représenter la patrie. Si l’expérience tourne court à cause de la crise sanitaire, elle se conclut par une finale face à l’ogre des Crusaders. « Pendant ce temps là, il y a eu moins de joueurs argentins de premier plan en Europe », analyse Miguel Fernandez.

Aujourd’hui, les plus grands talents de la Céleste évoluent toujours dans le championnat de France. Mais la règle limitant le nombre de joueurs formés hors de frontières nationales et les tentations extérieures grandissantes sont passées par là. Certains ont profité de l’expérience du Super Rugby pour rallier l’Hémisphère sud. D’autres garnissent même les rangs des équipes britanniques.

Samedi, face aux Français, difficile d’imaginer les Pumas faire des cadeaux à leurs collègues du Top 14. Même fatigués, alors qu’ils arrivent au bout d’une saison à rallonge, ils donneront tout, comme à chacun de leurs matchs face aux Bleus.

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