comment la France pourrait prendre exemple sur son voisin anglais

Les débordements survenus dimanche 21 novembre au Groupama Stadium lors de la rencontre entre l’Olympique lyonnais et l’Olympique de Marseille, sont les huitièmes incidents graves depuis le début de la saison de Ligue 1. Par leur fréquence, ces incidents rappellent, toute proportion gardée, ceux qui ont ébranlé l’Angleterre du football à la fin des années 1980.

Si, au contraire de nos voisins anglais, aucun mort n’a été à déplorer, leur gestion de cette crise a permis l’instauration de nombreuses mesures – exclusion des clubs pendant cinq ans des Coupes d’Europe, expulsion des supporters violents à vie, hausse des prix des places, interdiction de rester debout et instauration de places assises – qui ont permis de tirer un trait sur cette vague de violence engendrée par les hooligans britanniques. Encore aujourd’hui, jamais le football anglais n’a atteint de nouveau de tels niveaux de violences même si des incidents subsistent, comme l’agression en plein match sur la pelouse de Jack Grealish par un individu en 2019. 

Alors que le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et Roxana Maracineanu, ministre déléguée chargée des Sports, reçoivent mardi 23 novembre la Ligue de football professionnelle (LFP), la Fédération Française de football (FFF), les représentants des arbitres ainsi que les représentants de plusieurs clubs de football, Nicolas Hourcade, sociologue à l’Ecole centrale de Lyon et spécialiste des supporters du football, analyse pour franceinfo: sport le cas anglais, qui pourrait peut-être donner des pistes de réflexion aux instances françaises.

A la fin des années 1980, le football anglais est confronté à deux drames, celui du Heysel (1985) et celui de Hillsborough (1989), causant respectivement la mort de 39 et 96 personnes. Comment les Anglais ont géré une telle situation ?

Nicolas Hourcade : Les succès contre le hooliganisme datent des années 1990. A la suite du drame de Sheffield (ou catastrophe de Hillsborough, du nom du stade où 96 personnes décédèrent écrasées contre les grilles à l’issue d’un gigantesque mouvement de foule), un rapport officiel a été publié et a mis en avant deux points importants. D’un côté, la nécessité d’agir contre des supporters violents. De l’autre, l’accueil des supporters dans des conditions indignes. 

Dans les années 1990, il se met en place une politique globale en Angleterre, qui consiste d’une part à avoir une action intransigeante envers les supporters déviants, et d’autre part à rénover tous les stades, afin de mieux accueillir les autres supporters. Ces décisions sont allées de pair avec la création de la Premier League (en 1992), et sa mutation en premier championnat international. En parallèle, il y a eu une augmentation très forte des prix car il fallait construire de nouveaux stades et attirer les meilleurs joueurs.

Pourrait-on en France s’inspirer du modèle anglais ?

Je vois deux enseignements pour la France. D’abord, la nécessité de cibler les fauteurs de troubles. Pour l’instant, on parle beaucoup de sanctions générales sur les clubs ou de huis clos, mais ce qui a permis aux Anglais d’obtenir des succès sur ce domaine, c’est grâce au ciblage individuel des fauteurs de troubles, de les interdire l’accès au stade, et de toute sortie du territoire pour les matchs à l’extérieur. Il s’agit d’une action policière des pouvoirs publics et judiciaires.

Dimitri Payet sort du terrain, touché à la tête par une bouteille d’eau, lors du match Lyon-Marseille le 21 novembre.  (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Ensuite, ils ont mis en place une politique globale, autrement dit une réflexion au sommet de l’Etat avec les autorités sportives pour voir quel modèle ils souhaitaient appliquer. Ce qui est intéressant, c’est que les Allemands ont eu la même réflexion que les Anglais à la même époque, mais qu’ils n’ont pas fait les mêmes choix.

Les Allemands ont choisi de garder des places debout et des tarifs accessibles, tout en étant, comme les Anglais, très fermes et répressifs face aux fauteurs de troubles. Ils ont essayé de développer un supportérisme plus positif en mettant en place tout un travail de dialogue avec les associations de supporters et de prévention sociale pour éviter que des supporters sombrent dans la violence.

Ces deux options que vous évoquez seraient-elles applicables en France ?

Oui les deux options seraient applicables. Les autorités en ont conscience. C’est pour cela que l’auteur du projectile lancé hier sur Dimitri Payet a été rapidement interpellé et qu’il est actuellement en garde à vue. Il y a la volonté d’avoir cette réponse-là. Mais c’est une réponse qui coûte de l’argent car la police et la justice sont mobilisées.

Les mesures prises à l’époque par les Anglais sont encore aujourd’hui efficaces puisque de tels incidents ne se sont pas reproduits…

J’aurais dit oui jusqu’à il y a peu de temps mais depuis le retour du public dans les stades, il y a eu quelques incidents. C’est sans commune mesure par rapport à ce qu’on a connu dans les années 1980, mais il faut être conscient qu’à l’échelle européenne, il y a eu de nombreux débordements dans un certain nombre de stades, et pas seulement en France.

On peine à expliquer pourquoi. Il y a l’hypothèse qu’après des mois sans match accessible au public, certains reviennent avec un vrai enthousiasme et pour d’autres une excitation mal placée. Il y a une inquiétude et on se demande si ces violences sont conjoncturelles, et qu’elles vont se calmer une fois que les gens auront repris l’habitude d’aller au stade, ou si c’est un problème plus structurel de renforcement des violences. C’est compliqué à dire.

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