« C’est la survie du football français qui est en jeu », met en garde Roxana Maracineanu

« Les dirigeants du football français doivent arrêter de se cacher derrière leur petit doigt », déclare la ministre déléguée aux Sports Roxana Maracineanu lundi 22 novembre sur franceinfo, au lendemain de l’agression de Dimitri Payet lors du match Lyon-Marseille. Selon elle, la Ligue de football professionnel et la Fédération française de football doivent prendre des décisions car « c’est la survie du football français qui est en jeu ». « Il faut que ça s’arrête », a-t-elle souligné.

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franceinfo : Quelle est votre réaction, après les incidents de dimanche soir ?

Roxana Maracineanu : Je voudrais dire à Dimitri Payet qu’on est totalement avec lui, ce n’est pas la première fois qu’il se fait agresser de la sorte, et dire aussi aux spectateurs qui étaient présents qu’on comprend leur déception d’avoir dû rentrer chez eux après quatre minutes de match. Je crois que les dirigeants du football français doivent arrêter de se cacher derrière leur petit doigt. Il faut arrêter de se renvoyer systématiquement la balle comme ça a été le cas hier soir au moment de prendre des décisions. Il faut arriver à mettre tout sur la table.

« C’est la sixième agression dans le monde du football, il faut que ça s’arrête. Ce type de problèmes, c’est à la Ligue de les régler. »

Roxana Maracineanu, ministre déléguée aux Sports

à franceinfo

Il faut prendre de la hauteur et dire qu’il faut aujourd’hui régler le problème même si effectivement quand on est pris dans l’enjeu du match, chacun défend un peu sa paroisse. Mais chacun doit comprendre qu’aujourd’hui c’est la survie du football français qui est en jeu, son modèle économique. On ne peut pas se permettre de déplorer que les droits du football baissent sans cesse, on ne peut pas se permettre non plus qu’un diffuseur qui a acheté des droits doive meubler comme [les commentateurs] l’ont fait hier soir pendant une heure alors qu’on ne sait pas si le match va continuer. On ne peut pas collectivement se permettre que ça se passe comme ça. Il y a des conditions de sécurité à mettre en place dès le départ du match pour se prémunir de ce genre de choses. On voit que ça arrive systématiquement.

L’arbitre a mis deux heures a annoncé la suspension du match. Pourquoi autant de temps ?

Il y a des choses à modifier dans le règlement pour que les arbitres, quand ils prennent leurs décisions, puissent avoir les coudées franches, ça doit être marqué noir sur blanc. Dans les textes, c’est bien écrit que c’est l’arbitre qui décide après avoir écouté toutes les personnes présentes et avoir pris en compte toutes les considérations y compris celles qui sont extérieures au match. Il faut que l’arbitre sache ce qu’il peut faire ou pas. Aujourd’hui, dans le règlement disciplinaire, ce n’est pas marqué que, pour un jet de projectile sur un joueur et lorsque l’intégrité physique d’un joueur est atteinte, on arrête le match. Ce n’est pas marqué noir sur blanc. Donc il faut que la Ligue et la Fédération se mettent autour de la table, qu’elles regardent avec leurs comités d’éthique pour savoir jusqu’où on modifie les règlements disciplinaires et jusqu’où on donne des indications aux personnes qui prennent des décisions sur un terrain.

La personne qui a jeté la bouteille d’eau sur Dimitri Payet a été interpellée. Est-ce suffisant ?

Il n’y a pas eu que l’agression physique. L’intégrité physique de Dimitri Payet a été entamée mais aussi l’intégrité morale. On ne peut pas dire que c’est bon, on a pris la personne qui a été incriminée et on l’a sortie – ce qui est déjà bien, c’est une mesure individuelle que j’ai souhaitée – mais on voit bien que le public et les supporters ne se sont pas désolidarisés de cette personne puisque quand le joueur est sorti du terrain, ça a continué de plus belle. On ne peut pas laisser humilier un sportif comme ça sur le terrain ni le laisser être agressé de la sorte.

Faut-il punir les clubs dont les supporters insultent ou agressent des footballeurs ?

Le football a le seul règlement disciplinaire qui ne prévoit pas de sanctions pour le club à l’encontre de leurs propres supporters. Partout ailleurs, dans le handball, dans le basketball, on peut incriminer le public du club et pénaliser le club parce que son public, ses supporters ont mal agi dans les tribunes. Aujourd’hui, dans le football, ça n’existe pas dans les textes. Il faut tout faire, c’est à eux de réfléchir.

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