« Toute une génération de Marseillais lui doit beaucoup », témoigne Jean-Marc Ferreri

Attaquant de l’Olympique de Marseille entre 1991 et 1993, Jean-Marc Ferreri a côtoyé l’ancien président du club phocéen Bernard Tapie, décédé dimanche 3 octobre, lors des plus belles années de l’OM. Pour Franceinfo: sport, l’ancien joueur de foot raconte son admiration pour l’emblématique « boss » marseillais.

Franceinfo: sport : Que représentait Bernard Tapie pour vous ?

Jean-Marc Ferreri : Quand j’étais chez les Girondins de Bordeaux, c’était un adversaire, l’ennemi juré de mon président de l’époque, Claude Bez. Plus tard, il est venu me chercher à Auxerre pour que je rejoigne l’OM. J’ai tout de suite été bluffé par le personnage : il était tellement charismatique, brillant et d’une intelligence rare. J’étais en admiration devant cet homme, qui était un incroyable passionné. 

Vous avez partagé de très beaux moments à ses côtés à Marseille. Quels souvenirs gardez-vous de la saison 1992-1993, lors de laquelle vous avez réalisé le doublé champions de France et Coupe d’Europe ?

C’était une année tout simplement incroyable, qui restera gravée dans nos mémoires. Après la victoire à Munich, [en finale de Coupe d’Europe face à l’AC Milan], on a vécu des heures folles. J’ai des images de nos supporters qui nous attendaient tout le long de l’autoroute entre Marignane et le Vélodrome. Cet homme, tellement brillant, nous a poussés pour être champions d’Europe. Toute cette génération de joueurs de l’Olympique de Marseille lui doit beaucoup. 

« Bernard Tapie était un incroyable passionné »

Jean-Marc Ferreri

à franceinfo: sport

Si vous deviez retenir un moment de vos trois années passées à Marseille, lequel est-ce que ce serait ?

J’ai un immense souvenir dont je me souviendrai toute ma vie. Je suis arrivé le dernier jour du mercato en provenance de l’AJ Auxerre, je n’étais pas titulaire puisque l’équipe avait été formée pendant le stage de préparation. Je n’ai donc pas trop joué de la saison. Mais à Bruges, lors de la demi-finale de Coupe d’Europe, Bernard Tapie est venu dans l’après-midi me dire qu’il allait tenter un coup de poker. « Je vais te mettre titulaire, j’en ai parlé à Raymond [Goethals, le coach de l’équipe] ». Comme on avait absolument besoin des trois points, j’ai pris la place de Franck Sauzée pour avoir un attaquant en plus devant.

Ce jour-là, il m’a fait comprendre que si je faisais un bon match, je pouvais participer à la finale. J’ai fait une belle mi-temps, vu que j’étais passeur décisif sur le but d’Alen Bokšić, l’unique du match, avant de céder ma place à Franck. Je ne m’attendais pas du tout à être titulaire, son choix et sa confiance m’avaient plus que jamais motivé à donner le meilleur de moi-même. Cet épisode-là en dit long sur le personnage et la volonté de fer qui le caractérisait tant. 

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Quel héritage laisse-t-il à Marseille ?

Depuis plus de 17 ans, je commente tous les matchs sur la chaîne de l’OM et je vis quasiment tous les week-ends la passion des supporters. Il était extrêmement exigeant et cette exigence-là nous a menés vers le titre de champion d’Europe, l’unique attribué à un club français. Partout où on va en France, même 25 ans après le titre, on nous parle de notre titre de champion d’Europe, le premier (et encore aujourd’hui, le seul) titre européen d’un club français. On a fait rêver des millions de supporters en France et pour cela, Bernard est forcément adulé à Marseille. C’est une légende. On sera nombreux à lui rendre hommage lors de ses obsèques. 

Justement, quelle marque va-t-il laisser dans le monde du sport ? 

Tout est dit dans le slogan qui passe sur les réseaux sociaux des supporters « à jamais les premiers ». Il a pris le vélo avec Bernard Hinault, il a gagné cinq fois le Tour de France. Il est allé en politique, même si cela lui a coûté cher après, il a été ministre de la Ville sous Mitterand. Il a dirigé l’Olympique de Marseille, il a remporté la Coupe d’Europe. Il réussissait tout ce qu’il entreprenait. Il faut lui tirer un immense coup de chapeau. 

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Bernard Tapie était réputé pour être quelqu’un de charismatique. Quel rôle a-t-il joué en tant que président de club ?

L’énergie qu’il communiquait était incroyable. Il venait souvent déjeuner avec nous les jours de matchs et il savait toujours trouver les mots justes, parfois très durs, pour nous remotiver. Sa passion le rendait parfois excessif : dans la victoire, on était des dieux, mais quand on perdait, il fallait limite raser les murs. Mais c’était comme ça. Après des défaites et pendant des matchs difficiles, c’était lui qui parlait à la mi-temps et le silence était immédiat, tout le monde buvait ses paroles. Il avait une prestance incroyable. 

Il nous a marqués à vie. On l’a perdu ce matin et même si on s’y attendait tous, puisqu’il était malade depuis longtemps, on pensait presque qu’il était immortel. Malheureusement, ce n’était pas le cas. C’était un homme exceptionnel et j’ai eu le grand honneur et le privilège de le côtoyer pendant de belles années. 

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