Mélody Julien, une étoile de plus dans la galaxie de l’athlétisme français

Montredon-Labessonnié dans le Tarn. Un hameau occitan d’environ 2 000 âmes qui cultive sa tranquillité, loin du tumulte des grandes voisines, Castres et Albi. Un château – celui de Castelfranc – un zoo mais, surtout, une nature débordante propice aux balades dominicales et aux activités sportives de plein air le long des ruisseaux environnants.

C’est dans ce cadre préservé qu’a grandi celle qui voit revenir son nom de plus en plus souvent dans la presse locale. Un nom qui pourrait bien secouer l’athlétisme français d’ici quelques mois. À moins qu’il n’ait déjà commencé à le faire…

Il faut dire que Mélody Julien va à toute vitesse. Six ans à peine après avoir débuté l’athlétisme dans le club omnisports créé par son entraîneur Max Lesauvage, la jeune femme de 22 ans enchaîne les succès et les records de France espoirs sur fond et demi-fond. Une précocité que même elle n’avait pas vu venir.

« Je m’entraînais une fois par semaine autour du barrage de Labessonnié parce que nous n’avons pas de piste. Un jour, Max m’a demandé : ‘est-ce que tu veux courir les 10 kilomètres de Castres ?’ J’ai dit oui mais je ne savais pas trop à quoi m’attendre, je n’avais pas d’endurance. J’ai fini la course en 55 minutes, je suis partie trop vite et j’ai marché une partie du parcours ! Mais on m’a dit que c’était bien, qu’il y avait de belles choses à faire et ensuite j’ai commencé à m’entraîner deux, puis trois fois par semaine. Aujourd’hui, je suis à 33 minutes sur 10 000 mètres. » Elle est également, accessoirement, triple championne de France espoirs et recordwoman de France espoirs sur la distance (sur piste).

Le 17 octobre dernier, l’aînée de la fratrie Julien, composée de deux garçons et trois filles dont Mélody, a relevé un nouveau challenge : participer à son premier marathon à Amsterdam. Un sacré pari pour celle qui n’a eu que trois semaines de préparation après les championnats de France de semi-marathon (elle détient le record de France espoirs en 1h12’’51, NDLR).

Résultat ? Un record de France espoirs pulvérisé en 2h40’’25, malgré des problèmes d’alimentation et un manque d’énergie dans la deuxième partie de course. “J’ai vu que j’avais des progrès à faire et cela me donne envie de retenter, mais pas cette année. J’ai de la marge car j’étais partie sur les bases de 2h30 au 15e kilomètre. Je suis sûre que je peux bien baisser ce chrono”.

Mais pourquoi Amsterdam, quand dans le même temps les runners du monde entier se pressaient sur les Champs-Elysées pour venir à bout du marathon de Paris ? “Je ne voulais pas avoir cette pression d’annoncer un chrono avant alors que je n’avais jamais couru la distance”, explique-t-elle. “Et puis je voulais d’abord être sûre de finir, et je me suis dit que participer ailleurs qu’à Paris, si je faisais un mauvais temps, il y aurait peut-être moins de monde au courant ! (rires)”

Une volonté de ne pas se brûler les ailes trop vite qui illustre la lucidité de l’étoile montante de l’athlétisme tricolore, alors que les comparaisons avec Christelle Daunay, recordwoman de France du marathon (2h24’’22) et championne d’Europe en 2014, ne cessent de pointer le bout de leur nez. Mais Mélody Julien reste calme. D’une voix douce, posée, encore un peu prudente, elle détaille les contours de son double projet, à savoir mener de front sa carrière sportive avec la préparation du concours de professeur des écoles l’an prochain.

“Mon objectif est d’abord d’avoir mon métier avant de me concentrer davantage sur l’athlétisme même si j’essaie de mener les deux”, précise-t-elle. Une ambition qui nécessite une organisation rodée, et la Tarnaise peut compter sur le soutien de son coach Max Lesauvage pour l’appuyer. C’est lui qui a transmis sa passion à celle qui, comme elle le confesse, “adore la compétition” et enchaîne les dossards tout au long de la saison. Lui aussi qui, presque quotidiennement, la conduit à l’entraînement, la pousse dans ses retranchements chrono en main, s’adapte à son emploi du temps et l’aide financièrement en cherchant des partenaires, n’hésitant pas à y aller de sa poche quand les fonds viennent à manquer. Un véritable duo uni et animé, sans trop le dire, par une échéance : Paris 2024.

Mélody Julien sur le 10 000 mètres lors du meeting de Pacé (Ille-et-Villaine), le 24 avril 2021. (STADION-ACTU / MAXPPP)

“Les Jeux olympiques à la maison, forcément cela donne encore plus envie”, confesse du bout des lèvres Mélody. “C’est un objectif, je ne sais pas si j’y arriverai mais je vais essayer de tout mettre en place pour être prête”. Reste, peut-être, à trouver la bonne distance. Un choix qui s’annonce difficile pour la jeune femme qui “aime à la fois courir vite et courir longtemps”. Ses performances sur 10 000 mètres piste sont de belles promesses d’avenir.

Même si elle rejoindra la catégorie seniors à compter du 1er novembre, elle va pouvoir s’occuper du record de France espoirs du 10 000 mètres sur route (32’45) d’ici la fin de l’année – les records restant homologables jusqu’au 31 décembre en espoirs. Si elle y parvient, Mélody Julien apporterait un argument de plus à celles et ceux, nombreux à Montredon-Labessonnié, qui la voient au sommet dans trois ans “à la capitale”. Les mêmes qui seront les premiers à évoquer avec fierté aux touristes de passage leur château, leur zoo… et leur toute nouvelle athlète olympique.

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