Macron, Hidalgo, Pietragalla… L’ancien champion olympique Guy Drut prête sa plume pour raconter « les champions inoubliables » du sport

Champion olympique du 110 mètres haies en 1976, ministre, député, maire et membre du CIO… le CV de Guy Drut est bien rempli. Depuis dix ans, après la parution de son livre Une haie après l’autre, l’ancien sportif (70 ans) coche également la case d’auteur. C’est à ce titre-là qu’il a accordé un entretien à Franceinfo:sport, pour parler de son nouveau livre Champions inoubliables, qui sortira jeudi 4 novembre.

Franceinfo: sport : Racontez-nous pourquoi le livre sort seulement maintenant et quel est son principe ?

Guy Drut : Ça faisait un petit moment que je l’avais en tête. Il fallait juste trouver l’éditeur, le bon moment. J’en ai parlé à deux complices journalistes [Patrick Mahé et Dominique Grimault] qui ont été emballés par l’idée et ils ont convaincu un éditeur [Le Cherche Midi Editeur]. Le « pitch » : des émotions provoquées par des événements sportifs, racontées par des personnalités. Le livre est découpé en décennies. Depuis ma naissance jusqu’à aujourd’hui. J’introduis la décennie avec mes propres souvenirs puis on trouve des photos légendées et des articles à la première personne.   

Ce qui frappe dans le livre, c’est le pluralisme de vos « témoins ».

Ne solliciter que des membres du monde sportif aurait représenté la facilité. J’ai donc demandé aux trois derniers Présidents de la République de prendre la plume. Chacun avec ses envies : Nicolas Sarkozy raconte ainsi qu’il était présent à Munich en 1972 pour assister à ma médaille d’argent, François Hollande évoque le titre olympique de son conseiller sport Thierry Rey [1980 à Moscou] alors qu’Emmanuel Macron voulait revenir sur son amour du Tour de France et la rivalité Anquetil-Poulidor dans la montée du Puy de Dôme en 1964.

Mais vous avez aussi d’autres hommes et femmes politiques qui témoignent : Anne Hidalgo, Valérie Pécresse, Michèle Alliot-Marie, François Baroin… et des représentants du monde économique et social comme Bernard Thibault ou Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef. Et puis vous découvrirez aussi des récits plus surprenants. Je pense notamment à l’infectiologue Karine Lacombe, que l’on a beaucoup vu à la télévision avec l’épidémie de la Covid-19, mais on sait moins qu’elle est ceinture noire de judo ! J’ai aussi fait appel à l’écrivaine Irène Frain, qui a eu pour élève un certain… Laurent Fignon ! Enfin la danseuse Marie-Claude Pietragalla, qui évoque la patineuse Katarina Witt, ça allait de soi, non ? Je pense que tous mes « témoins » ont été ravis et cela montre que le sport fédère.  

La couverture de « Champions Inoubliables » de Guy Drut, à paraitre en novembre 2021. (DR)

Et puis, vous avez demandé à deux de vos « collègues » au CIO de s’exprimer…

Ils l’ont fait spontanément ! Il y a Son Altesse Sérénissime (S.A.S) Albert II de Monaco. Il a participé cinq fois aux JO en bobsleigh. Il aurait pu évoquer la natation [son épouse la princesse Charlène a représenté l’Afrique du Sud en 2000] ou l’aviron [son grand-père John Kelly a été triple champion olympique pour les Etats-Unis] mais il a préféré… Pelé et Mohammed Ali ! Quant au président du CIO, Thomas Bach, il aurait pu privilégier un escrimeur [sa discipline de prédilection] ou un sportif contemporain, tel Usain Bolt, mais il a choisi l’athlète américaine Wilma Rudolph. Une femme noire, touchée par la polio à l’époque de la ségrégation.

Y’aura-t-il une suite ?

Tout dépend bien sûr de l‘accueil du public ! Dans ce premier opus, j’évoque les aspects positifs du sport. Mais il ne s’agit pas d’un bottin ! J’ai une tendresse pour tous ceux qui sont évoqués et je les connais pratiquement tous. Mais le sport, ce n’est que des émotions, il y aussi des événements qui ont marqué son histoire. En 1968, il y a par exemple les poings gantés de John Carlos et de Tommy Smith sur le podium du 200 m ou les bérets noirs portés par Lee Evans, Larry James et Ron Freeman sur celui du 400 m. Et puis comment oublier la prise d’otages sanglante de Munich en 1972. Dans l’esprit, ce sera plus narratif.

Et puis comme on se rapprochera des Jeux de Paris 2024, ça me donnera l’occasion de raconter les coulisses des six candidatures auxquelles j’ai participé. Ça a commencé par celle de 1992…Le troisième tome, ce sera juste à la conclusion des Jeux 2024. Il faudra qu’on rééquilibre en termes de place parce qu’on n’a pas assez souligné les sports d’équipes, si brillants l’été dernier à Tokyo.

Sur le site internet du CIO, on découvre que vous faites partie d’un cercle restreint : 102 membres actifs. Ils ne sont que 16 à avoir été nommés avant vous ! Et vous n’êtes que deux Français à siéger aujourd’hui : Jean-Christophe Rolland (président de la fédération internationale d’aviron) et vous…

Le club est restreint, c’est certain ! Notamment depuis le départ de Jean-Claude Killy [désormais membre honoraire]. Mais peut-être serons nous rejoints par Martin Fourcade dès l’année prochaine [le quintuple champion olympique de biathlon fait partie des 17 candidats aux deux places vacantes à la commission des athlètes]. Ayant été désigné en 1996, j’ai la chance d’avoir un mandat qui viendra à échéance à mes 80 ans [aujourd’hui, les mandats se terminent lorsque les membres ont 70 ans], je compte bien continuer à décorer des sportifs français. J’ai notamment récompensé Marie-José Pérec en 1996, David Douillet en 2000, Renaud Lavillenie en 2012 et Clarisse Agbegnenou l’été dernier. Sasha Zhoya et/ou Wilhem Belocian savent comment me faire plaisir pour 2024 et le podium du 110 m haies !

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