il relie Lille et Glasgow en voilier puis à vélo pour animer des ateliers pendant la conférence sur les changements climatiques

« Je suis à peu près au milieu de l’Angleterre là. Je regarde pour te dire plus précisément… Ah non, finalement, je suis pas vraiment au milieu, je suis quand même assez bas. Il faut que je l’accepte (rires) ». Quand il décroche son téléphone, Benjamin de Molliens est perdu, quelque part dans le Buckinghamshire (Angleterre). Derrière lui, on entend un fond sonore mécanique, on devine alors les voitures rouler sur la gauche de la route.

Après une rapide vérification sur son téléphone, il se rend compte qu’il n’est pas si haut qu’il l’espérait. Parti de Lille le vendredi 22 octobre, Benjamin roule déjà depuis quatre jours, après une première journée de traversée de la Manche en voilier. Son objectif : rallier Glasgow à vélo le 31 octobre, pour participer à la COP26. Le sommet mondial du climat se déroule en Écosse, entre le 1er et le 12 novembre.

Des « expéditions » comme cela, le Breton d’origine en a déjà fait plusieurs. De sa grande traversée des Alpes à pieds, pendant 29 jours, à la descente du canal du Midi de Toulouse à Sète en paddle, en passant par les 600 kilomètres à vélo entre la Bretagne et la Normandie, Benjamin a sillonné la France selon son concept du 3 zéros. « Zéro déchet, zéro matériel neuf et zéro emprunte carbone, étaye-t-il. Bien sûr je ne suis pas zéro, mais j’essaie de m’en rapprocher au maximum ». 

À titre d’exemple, pour ce voyage d’environ dix jours, Benjamin se déplace avec un vélo issu d’un parc de test de la marque Triban. Ses sacoches avant et arrière sont d’anciennes toiles de crashpads d’escalade. Celui du milieu est fabriquée sur la base d’une toile de kayak. Enfin, l’armature arrière est fabriquée à partir d’une ceinture de gilet de sauvetage et d’un morceau de pneu de vélo. « Une machine à coudre et la machine opère » explique-t-il en détaillant le travail effectué par une marque du Nord de la France pour fabriquer ses sacoches. Pour le reste, l’aventurier écolo prévoit de bivouaquer, même s' »ils annoncent de la grosse pluie et du bon froid en Ecosse ». 

C’est un objectif assez cool et je me suis dit que pour y aller c’était plus sympa de le faire façon expé zéro. Ça va sensibiliser, c’est quelque chose de symbolique. Aller à la COP26 en avion ça n’a pas de sens.

Cette fois, outre l’aspect aventure qui l’anime, cette « expé » revêt un aspect plus symbolique. « En parallèle de mes expéditions je suis animateur pour les ateliers de La fresque du climat. Ce sont des ateliers qui permettent de comprendre les liens de cause à effet des dérèglements climatiques et d’expliquer comment réaliser des actions à son échelle et à l‘échelle de son entreprise pour réduire son emprunte carbone ». Sur ses activités durant la COP26, il poursuit : ‘ »je vais animer ces ateliers et je vais aussi animer une petite conférence sur mes expéditions. »

Hormis ces conférences et ces ateliers, Benjamin n’attend pas grand chose de la COP en elle-même. « C’est une de ces grandes messes politiques où il y a souvent de belles paroles mais peu d’actes. Je n’ai pas envie d’être pessimiste mais en général c’est un peu décevant, explique-t-il.

« Dans l’idéal », il souhaite que les différents États engagés reconnaissent leurs tords suite aux accords de Paris en 2015. Il détaille : « Qu’ils revoient les objectifs, qu’ils soient plus stricts concernant leur sortie des énergies fossiles, qu’ils soient plus stricts sur la sortie de la surconsommation et toutes ces choses qui font que l’on va droit dans le mur ».

Son déclic écologique, Benjamin l’a eu en 2016, à San Francisco. S’il concède volontiers avoir « toujours eu cette fibre du voyage et de l’aventure », la « fibre de l’écologie » est venue lorsqu’il observait des chiffres sur la pollution plastique dans les océans. « J’ai grandi au bord de la mer, je fais pas mal d’activités en mer et ça m’a pas mal choqué de voir ces chiffres-là. Quand je suis rentré en France je me suis impliqué dans un projet d’écologie pour lutter contre cela, se rappelle-t-il. Je me suis vite rendu compte que j’étais sur une approche technique du problème, que c’était très centré sur la pollution plastique et qu’il y avait vraiment d’autres problèmes écologiques importants et intéressants. C’est comme ça que j’en suis venu à créer les expéditions zéro ». 

Après quelques jours de route, le plus dur semble encore à faire. Positif et déterminé, Benjamin y est préparé. Sur le trajet, il pourra penser à ses futures expéditions. Trois sont prévues l’année prochaine, dans le Jura, entre Marseille et Paris, puis dans les Pyrénées. Mais avant de partir, Benjamin devra veiller à préparer son chemin, avant de tracer sa route.

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