« C’est une fierté d’avoir marqué l’histoire du VTT »

Un mois après sa victoire au classement général de la Coupe du monde de VTT cross-country, Loana Lecomte est revenue pour franceinfo: sport sur sa magnifique saison, ponctuée de quatre victoires en Coupe du monde et d’une 6e place aux Jeux olympiques. Après une coupure bien méritée, la deuxième Française de l’histoire à remporter la Coupe du monde (après Julie Bresset en 2011) s’est livrée depuis Fréjus sur son titre mais aussi sur les Jeux et les vives critiques qui ont suivi. 

Franceinfo: sport : le 5 septembre, vous avez remporté la Coupe du monde. Un mois après, est-ce que vous avez réalisé ?

Loana Lecomte : Pas encore parce que j’ai coupé le vélo, mais je n’ai pas eu le temps de me poser avec mes proches pour fêter ça. Même mon globe a fait un peu le tour de tous les sponsors. Je ne l’ai pas encore ramené chez moi. Quand je vais rentrer, je vais réaliser et fêter ça avec ma famille.

Flashback to Snowshoe where @LoanaLecomte won the 2021 @MercedesBenz UCI MTB World Cup overall title in the Women Elite XCO#MBWorldCup pic.twitter.com/ytU2O99Y6P

— UCI MTB (@UCI_MTB) September 27, 2021

Quelles ont été vos premières pensées et émotions après le titre ?

Je pense que je ne me rends pas encore compte mais déjà le fait d’avoir un peu marqué l’histoire du VTT parce que c’est dix ans après Julie Bresset, qui était la seule Française a avoir remporté la Coupe du monde. Je suis contente mais je m’en rendrai peut-être compte dans quelques temps ou quelques années.

Est-ce que ce titre était un objectif avant la saison ?

Non, on n’en a jamais parlé avec mon entraîneur. Ça ne m’était même pas venu à l’esprit que ce soit possible dès cette année ou même dans une carrière. Je n’y avais jamais pensé comme objectif. Même après mes deux premières victoires, quand j’ai vu que ça pouvait être une possibilité, on ne s’est jamais focalisés là-dessus. C’est peut-être aussi pour ça que j’ai réussi à le faire car je n’avais pas la pression du résultat.

C’est après deux victoires (elle a remporté les quatre premières manches de la saison) que vous avez commencé à y penser ?

Oui, j’ai commencé à prendre un peu d’avance au classement même si je ne l’ai jamais regardé ce classement. On m’en parlait donc c’était tout le temps dans mon esprit. Et j’avais le maillot de leader. Au bout des premières manches, mon équipe s’est rendue compte que c’était possible mais mon entraîneur et moi, on n’en a jamais parlé.

Vous avez l’impression d’avoir changé de dimension ?

Oui, vraiment. En une année, j’ai l’impression qu’il s’est passé dix saisons ! On se retrouve mise sur le devant de la scène, avec les sponsors notamment qui pour certains ne faisaient pas attention à nous. Niveau médias, il y a énormément de demandes alors qu’avant c’était surtout des journaux régionaux. C’est quelque chose qui m’a fait apprendre, j’ai pris de l’expérience.

Vous êtes la première Française titrée depuis Julie Bresset en 2011, la deuxième de l’histoire. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Julie (Bresset), c’est une athlète que j’admire. J’ai eu la chance d’être deux ans avec elle dans la même équipe. C’est aussi une fierté d’avoir pu marquer un peu l’histoire du VTT et d’être un bon exemple pour les plus jeunes qui veulent s’y mettre.

Vous remportez le titre la même année que la retraite de Julie Bresset. C’est un beau symbole ?

Quand on y repense, c’est un peu symbolique. Je trouve ça beau. On s’entend très bien toutes les deux, c’est quelqu’un que j’aime beaucoup. On a marqué un peu l’histoire.

Vous n’avez que 22 ans. Est-ce que vous pensez déjà au record de quatre titres en Coupe du monde détenu par la Norvégienne Gunn-Rita Dahle ?

Pas encore. Le prochain objectif sera vraiment les championnats du Monde 2022 aux Gets [Haute-Savoie], dans onze mois. Ensuite ce sera les Jeux olympiques. Je me focalise sur ces deux événements, le reste on verra.

Quels souvenirs gardez-vous des Jeux olympiques où vous avez terminé 6e ?

C’est un bon souvenir, une très belle expérience. C’était très enrichissant pour 2024. Les Jeux, c’est une course mille fois plus médiatisée. Ce que je vais prendre en compte pour le futur, c’est de gérer l’aspect médiatique et essayer de faire abstraction de ce que différents médias peuvent dire, surtout après la course. Se blinder par rapport à ça.

La pression médiatique durant les Jeux a-t-elle été difficile à supporter ?

Oui parce qu’en début de saison, l’objectif était déjà d’aller aux JO. On avait dit : « Si on est qualifiés, l’objectif sera le top 8. » À mon insu, on m’a mis la pancarte de leader, de celle qui devait ramener la médaille voire celle en or alors que ce n’était pas du tout l’objectif. Ce qui s’est dit après dans les médias m’a bouffé pas mal d’énergie. Je vais apprendre à me blinder. C’est bien d’en parler en prévention pour les plus jeunes qui seront plus tard confrontés à ça. Cela fait partie de notre métier, c’est un aspect différent de la performance mais il faut qu’on apprenne à gérer ça.

Le sourire éclatant de Loana Lecomte. (Stéphan Da Silva)

Vous avez eu l’impression d’être tétanisée ou en tout cas que vous n’étiez pas encore prête à gérer ça ?

Tétanisée, non. Mais il faut faire abstraction, se blinder par rapport aux critiques. Avant la course, on avait tout mis en place pour qu’on s’occupe de moi, pour m’éloigner un peu. Un mois avant les Jeux, je ne parlais plus trop aux médias mais c’est surtout ce qu’on peut lire après dans la presse qui peut détruire la vie d’un athlète. Je n’ai pas lu les articles mais rien que de voir les titres, ça fait un peu froid dans le dos. Limite, à la fin, on va se dire qu’on est des merdes alors que pas du tout, c’est ce que certains médias ne comprennent pas forcément. C’est bien que les sportifs en parlent, pas pour dire « les journalistes sont des tyrans, méfiez-vous », mais pour apprendre à ne pas prendre au pied de la lettre tout ce qui est dit.

Cela illustre aussi votre changement de dimension.

Oui aussi mais j’ai eu la pancarte de leader alors que je n’avais parlé de ramener une médaille. C’est un rêve pour tout le monde mais je pense avoir le temps. Je préfère gagner une médaille en ayant le recul, l’expérience pour gérer l’après JO qui est compliqué plutôt que de ramener une médaille cette année, remporter la Coupe du monde et d’être subjuguée par les événements, ne plus savoir gérer et mettre fin à ma carrière dans deux ans. Ce n’est pas ce que je veux faire.

Comment qualifiez-vous cette 6e place aux Jeux ?

Je sais que j’ai tout donné, je n’ai aucun regret. C’est énormément d’expérience pour 2024 qui arrive déjà dans trois ans, ça va être très, très rapide. Je suis contente de moi pour mes premiers Jeux. Les autres derrière auraient rêvé de faire 6e donc je n’ai pas à me plaindre, au contraire.

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