« C’est une nécessité pour l’image de notre sport »

Le deuxième ligne sud-africain de Castres Ryno Pieterse, auteur d’un plaquage dangereux le 18 septembre face à l’Union Bordeaux-Bègles en Top 14, a été suspendu mercredi pour douze semaines par la Ligue nationale de rugby (LNR). 

« Le rugby est de plus en plus violent. » Ces mots sont ceux de Romain Poite, l’un des arbitres internationaux de rugby les plus expérimentés. Des plaquages à retardement, des impacts au niveau de la gorge ou de la tête et des joueurs K.O. sur le terrain, il en a vu passer dans sa carrière. C’est d’ailleurs lui qui a exclu Ryno Pieterse après un plaquage d’une rare violence sur Maxime Lucu lors de la rencontre Castres – Bordeaux-Bègles (23-23) comptant pour la 3e journée de Top 14.  

Suite à ce geste, le deuxième-ligne sud-africain a été suspendu pour 12 semaines mercredi 29 septembre par la commission de discipline de la Ligue nationale de rugby (LNR). Mais de nombreux acteurs du rugby réclamaient la peine maximale (52 semaines) après l’émotion qu’ont provoqué les images qui tournent en boucle sur les réseaux sociaux. On y voit le joueur de Castres au physique impressionnant (1m96 pour 114kg) se jeter épaule la première pour faucher en vol le demi de mêlée de Bordeaux, sans le blesser.  

Retour sur le carton rouge lors de #COUBB

Quelle sanction pour le joueur castrais selon vous ? pic.twitter.com/Q9jo5nE9rR

— Canal Rugby Club (@CanalRugbyClub) September 18, 2021

Des scènes violentes et brutales qui se répètent pourtant sur les terrains chaque week-end. Romain Poite souhaite que les expulsions deviennent automatiques contre les auteurs de ces gestes. « C’est une nécessité pour l’image de notre sport auprès des mères de familles », affirme l’arbitre âgé de 46 ans.

Le rugby est un sport de combat mais pas un sport violent. La différence est de taille insiste Mathieu Giudicelli, le directeur général du syndicat Provale qui représente les joueurs professionnels : « C’est un sport spectaculaire avec de la vitesse et des contacts toujours plus forts mais il faut une agressivité saine, il faut rester dans le cadre du jeu. » Afin de tendre vers cet objectif, les instances font régulièrement évoluer les règles. L’idée étant de promouvoir au maximum un jeu d’évitement pour limiter les affrontements.

En parallèle, les mentalités, sur et en dehors des terrains, changent progressivement, estime Didier Retière, le directeur technique national à la Fédération française de rugby. Pour lui, l’onde de choc provoquée par Ryno Pieterse en est la preuve : « Il y a quelques années, pas si longtemps que cela, ce plaquage aurait servi à la promotion du Top 14 parce que la communication de notre sport reposait sur un rugby de gladiateurs. » Désormais, selon le DTN et ancien pilier « le rugby professionnel a changé. »

« Le rugby professionnel assume aujourd’hui ses responsabilités en termes d’image en direction du rugby des enfants ou des amateurs. »Didier Retière, DTN à la FFRà franceinfo

Un optimisme qui n’est pas partagé par tout le monde. A l’image de Philippe Chauvin qui a perdu son fils Nicolas en 2018. Le jeune espoir du Stade Français est mort des suites d’un double plaquage. D’après son père, la violence sur les terrains est parfois alimentée par le comportement des responsables de club : « Sur les événements qui sont retransmis à la télévision aux heures de grande écoute, certains dirigeants, certains entraîneurs critiquent ouvertement les décisions arbitrales et ne comprennent pas les sanctions. En fait, c’est simplement parce qu’ils sont dans une stratégie de destruction. Ils pensent que détruire l’adversaire fait partie du jeu », dit-il. Sanctionner plus sévèrement les gestes dangereux fait partie des priorités mais depuis le début de saison les suspensions sont systématiquement allégées pour des circonstances atténuantes.

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